Argumentation

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L'argumentation fait partie de notre vie quotidienne.  Pas un jour ne s'écoule sans qu'une page de journal, des séquences à la radio ou à la télévision n'exposent ou ne rapportent les arguments d'un éditorialiste, d'un politicien, d'un auteur, d'un critique de cinéma.  Sans parler, bien sûr, des publicités qui argumentent pour justifier l'achat ou la consommation d'une marchandise ou de quelque produit.  À cet égard, certains magazines (Protégez-vous, par exemple) se font un devoir de se livrer à un examen critique et comparatif faisant apparaître les qualités ou les faiblesses des produits présentés et recommandent ou non leur achat.  Chacun de nous, par ailleurs, à divers moments, en diverses circonstances, est appelé à argumenter : plaider sa cause, justifier sa conduite, sa décision, son choix, condamner une pratique, un individu, un film...  Bref, l'argumentation ne nous est pas étrangère.  Toutefois, sa nature profonde, les mécanismes qu'elle met en oeuvre, les conditions de son efficacité, de sa vulnérabilité sont beaucoup moins connus.  Cette section propose quelques précisions en ce sens.





Sommaire

Qu'est-ce que l'argumentation ?  Et quand argumentons-nous ?

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L'argumentation pourrait être définie de différentes manières.  Nous nous en tiendrons à celle-ci :  démarche par laquelle une personne ou un groupe de personnes entreprend d'amener un auditoire (réel ou virtuel) à adopter une position par le recours à des raisons visant à en montrer le bien-fondé, l'acceptabilité ou la crédibilité.  (Pierre Oléron, L'argumentation, PUF, 1993, p.4)

Trois caractéristiques peuvent être dégagées de cette défintion:

  1. L'argumention fait intervenir plusieurs personnes : celles qui la produisent, celles à qui elle s'adresse.  L'argumentation est donc un phénomène éminemment social.  Toute argumentation implique donc le contact entre les esprits que les institutions sociales ou politiques en place peuvent ou non contribuer à favoriser.
  2. L'argumentation n'est pas un exercice exclusivement théorique.  C'est une démarche par laquelle une ou plusieurs personnes visent à exercer une influence sur les autres : elle cherche à susciter l'adhésion. 
  3. L'argumentation fait intervenir des justifications, des élément de preuve en faveur de la thèse défendue, qui n'est pas imposée par la force, la menace ou la pression.  C'est une procédure ne comportant idéalement que des éléments rationnels : elle a ainsi des rapports avec le raisonnement et la logique.  Bref, l'argumentation propose d'agir sur un auditoire, de modifier ses convictions ou ses dispositions, par un discours qu'on lui adresse et qui vise à gagner l'adhésion des esprits, au lieu d'imposer sa volonté par la contrainte ou le dressage. 


Nous argumentons, on l'a dit, tous les jours.  La question est maintenant de savoir : qu'ont en commun les situations dans lesquelles nous avons recours à l'argumentation ?  Pourquoi sentons-nous que nous devons argumenter ?  Est-ce la nature du sujet que l'on traite ?  Est-ce parce que l'on sent que quelqu'un pourrait ne pas être d'accord avec notre point de vue ?  Est-ce parce que plusieurs positions existent et sont défendues sur le même sujet ?  Est-ce seulement à partir du moment où on est effectivement contesté que l'on prend soin de justifier nos positions ?  Est-ce aussi parce que nous contestons quelque chose qui semble communément admis ?  En fait, nous argumentons à toutes les fois où il y a désaccord possible ou effectif, chaque fois donc, où une évidence est remise en question, chaque fois où le sens d'un mot fait problème, chaque fois où il y a contradiction à résoudre, critique à répondre, nuance à établir...  Autant dire que nous argumentons lorsque règnent l'ambiguïté, l'équivoque, l'incertitude et le désaccord.  L'argumentation est donc un champ de conflit, dont le souci de conduire un raisonnement rigoureux doit prendre appui sur une vaste entreprise de clarification des concepts sur lesquels elle s'exerce.  Autrement dit, l'argumentation est un champ de bataille où s'entremêlent la recherche de l'accord, la conscience des désaccords irréductibles entre les personnes ou les groupes et la complexité des réalités auxquelles renvoient les concepts impliqués.  Par ailleurs, l'argumentation atteste et nécessite un minimum de liberté de pensée, de parole et d'action.


Persuader et convaincre : une distinction à faire

Le philosophe se trouve, comme le dit Perelman dans L'empire rhétorique (pp.35-37), dans une situation extrême.  Car son discours s'adresse en principe à tout le monde, à un auditoire universel, composé de toutes celles et de tous ceux qui sont disposés à l'entendre ou à le recevoir, et chez qui, on suppose certaines facultés intellectuelles leur permettant de suivre l'argumentation.  À la différence du savant, du prêcheur ou du prêtre, le philosophe ne dispose pas, en guise d'appui, d'un ensemble de thèses admises et partagées par tous les membres de son auditoire.  C'est pourquoi il sera en quête de faits, de vérités et de valeurs universelles qui, même s'ils n'ont pas fait l'objet de l'adhésion explicite de tous les membres de l'auditoire universel (chose impossible à obtenir) sont néanmoins censés s'imposer à tout être de raison suffisamment éclairé.  La distinction entre les discours qui s'adressent à un auditoire précis, ou à quelques personnes seulement, et ceux qui seraient valables pour tous, permet de mieux faire comprendre ce qui oppose le discours persuasif et le discours qui se veut convaincant.  Au lieu de considérer que la persuasion s'adresse à l'imagination, au sentiment, bref à l'automate, le discours convaincant fait appel à la raison.  On pourrait aussi les distinguer d'une manière plus simple en disant que le discours adressé à un auditoire particulier vise à persuader alors que celui qui s'adresse à l'auditoire universel vise à convaincre.  Bref, un discours convaincant est celui dont les arguments sont unversalisables, c'est-à-dire acceptables, en principe, par tous les membres de l'auditoire universel.

Une analogie pour mieux comprendre

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Comme une argumentation vise à convaincre une ou plusieurs personnes du bien fondé d'une position, d'une thèse, il ne suffit pas d'avoir des arguments, mais il faut qu'ils soient les meilleurs. Pour bien comprendre ce qu'il faut faire, nous pourrions comparer la personne qui cherche à défendre une thèse à un chercheur d'or. Pour trouver de l'or, on ne va pas dans un champs de maîs et passer des épis de maïs dans le tamis. Nous n'irons pas plus dans un verger ou dans un champs de fraises. Il faut que le chercheur d'or aille dans un endroit où il est probable d'y trouver de l'or. Un endroit qui présente certaines caractéristiques bien précises et où l'on peut apercevoir des indices d'une présence probable d'un filon d'or. C'est de cette façon que le chercheur d'or délimite son champ de recherche. Une fois cet endroit trouvé, il devra se mettre à l'ouvrage et commencera à scruter le sol à la recherche du précieux métal. Il utilisera un tamis pour passer au peigne fin la pierre à la recherche d'une pierre dorée et étincelante. Il éliminera minutieusement et progressivement toutes les pierres qui ne présentent pas l'aspect recherché.


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Si nous revenons à l'argumentation, pour soutenir une thèse, il faut délimiter le champ dans lequel nous trouverons des arguments. C'est un premier pas vers la pertinence celui de s'assurer que les arguments utilisés sont en lien avec la thèse. Ensuite, dans ce champ des possibles, ce ne sont pas tous les éléments qui constituent un bon argument. Par exemple, si je dis que Ovechkin est le meilleur joueur de hockey, car il est nécessaire pour un joueur de hockey d'aimer l'odeur du caoutchouc, je suis dans le bon champ puisque la rondelle et d'autres pièces d'équipement de hockey sont faites de ce matériau, mais cela n'appuie en rien ma thèse de départ. La pertinence, c'est plus qu'être dans le bon champ, il faut aussi être en lien direct avec ce que je tente de défendre. De plus, il faut que ce que je dis soit acceptable : est-il vrai qu'il faut aimer l'odeur du caoutchouc pour jouer au hockey ? Bref, il faut utiliser un certain tamis pour éliminer dans le champ des possibles tout ce qui n'est pas pertinent et acceptable d'invoquer pour défendre notre position.


  • Pour mieux comprendre certains termes utilisés dans cette section, cliquez ici.


Un exemple d'argumentation

Extrait de Luc Ferry. La sagesse des mythes. Apprendre à vivre –tome 2, Paris, Plon, 2008, pp.47-48

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« À l’image du drogué, qui ne peut s’empêcher d’augmenter les doses et de rapprocher les prises de la substance qui l’aide (croit-il) à vivre, le consommateur idéal ferait ses courses toujours plus souvent, en achetant toujours plus. Or, il suffit de regarder quelques minutes les chaînes de télévision pour enfants, d’observer comment elles sont en permanence entrelardées de campagnes publicitaires, pour comprendre qu’une de leurs principales missions est de les transformer autant qu’il est possible en consommateurs parfaits. Cette logique, dans laquelle ils entrent de plus en plus tôt, peut se révéler destructrice. Elle ne s’installe dans leur tête que sur fond d’un travail de sape : moins nous disposons d’une vie intérieure riche sur le plan moral, culturel et spirituel, plus nous sommes livrés au besoin frénétique de consommer. Le temps de location de cerveaux vides qu’offre la télévision aux annonceurs est donc une aubaine. En interrompant sans cesse les programmes, ces chaînes visent littéralement à plonger ceux qui les suivent dans un état de manque.  Évitons un malentendu : je n’ai nullement intention de me livrer ici à la énième charge (...) contre la société de consommation. Encore moins de m’essayer à l’exercice de la critique de la publicité. (...) Simplement, (...) il m’apparaît crucial de remettre la frénésie d’acheter et de posséder à sa place, de faire comprendre à nos enfants qu’elle n’est pas l’alpha et l’oméga de leur existence, qu’elle ne dessine en rien l’horizon ultime de la vie humaine. Pour les aider à résister aux pressions que cette frénésie d’acheter leur impose et leur permettre de s’en affranchir, (...) il est essentiel, peut-être même vital si l’on songe que l’addiction est parfois mortelle, de les doter le plus tôt possible des éléments d’une vie intérieure riche, profonde et durable. Il faut pour cela rester fidèle au principe que je viens d’évoquer, celui selon lequel plus une personne possède des valeurs culturelles, morales et spirituelles fortes, moins elle éprouve le besoin d’acheter pour acheter, et moins elle sera fragilisée par l’insatisfaction chronique qui naît inévitablement de la multiplication infinie des désirs artificiels. »



Reprérer le thème :  comment repérer le sujet dont traite l'auteur dans un texte ou un extrait ? (Règle générale, un thème n'est pas une idée ou une phrase complète.)

Je dois me demander:

  • Y a-t-il des mots ou des expressions qui reviennent souvent dans le texte ou l'extrait ?  Si oui, nous avons un bon indice que ce ou ces mots font partie du thème. 
  • Y a-t-il des mots ou des expressions dont le sens est proche qui reviennent souvent dans le texte ou l'extrait ?  Si oui, nous avons un bon indice que ce ou ces mots font partie du thème. 

Dans l'extrait qui nous intéresse, les mots ou expressions qui reviennent souvent sont:  besoin frénétique de consommer, vie intérieure riche, frénésie d’acheter. 

Reste à préciser:

  • Que rajoute-t-on à ce sujet ?  : Une expression ?  Une idée ? Une critique ?  Un principe ?  Une réflexion ? 

Dans cet extrait, on ajoute à ces expressions, un principe : plus une personne possède des valeurs culturelles, morales et spirituelles fortes, moins elle éprouve le besoin d’acheter pour acheter.

On en arrive donc à établir, après avoir saisi les idées impliquées dans le principes, à la formulation épurée du thème que voici:

Le rapport entre la vie intérieure et la consommation.


Repérer la thèse : Comment puis-je trouver la thèse ou la position défendue dans cet extrait ? (La thèse ou la position défendue n'est pas nécessairement une phrase complète, mais doit nécessairement être une idée complète.)

Je dois me demander:

  • Que défend l’auteur dans cet extrait ?
  • Que cherche-t-il à faire admettre ?
  • De quoi veut-il me convaincre ? 
  • Quel message martèle-t-il ? 


En me posant ces questions, j'en arrive à découvrir que ce dont il essaie de nous convaincre est que pour aider les enfants à résister à la frénésie de la consommation, il faut les doter d’une vie intérieure riche, profonde et durable.

Voici, en clair, la thèse ou la position que l'auteur défend: 

Pour aider les enfants à résister à la frénésie de la consommation, il faut les doter d'une vie intérieure riche,profonde et durable.


Pour repérer son argumentation: Comment puis-je repérer les raisons (faits, expériences,principes, etc.) que l'auteur invoque à l'appui de sa position?

Je dois me demander:

  • Par quel moyen essaie-t-il de nous en convaincre ?
  • Quelles sont les idées, les principes, les jugements que l'auteur utilise pour appuyer sa position, pour prouver ce qu'il avance pour aider à faire admettre son point de vue, pour rendre acceptable sa position ?

Dans l'extrait, présenté, Luc Ferry énonce un principe :
«Plus une personne possède des valeurs culturelles, morales et spirituelles fortes, moins elle éprouve le besoin d’acheter pour acheter, et moins elle sera fragilisée par l’insatisfaction chronique qui naît inévitablement de la multiplication infinie des désirs artificiels.»

Le raisonnement est donc le suivant

Pour aider les enfants à résister à la frénésie de la consommation, il faut les doter d’une vie intérieure riche, profonde et durable. PARCE QUE plus une personne possède des valeurs culturelles, morales et spirituelles fortes  (Argument Principal 1) et moins cette personne sera fragilisée par l’insatisfaction chronique qui naît de la multiplication des désirs artificiels (Argument Principal 2), moins cette personne éprouve le besoin d’acheter pour acheter.

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Examinons ce principe :
  • Il met en relation deux choses : la richesse de la vie intérieure et le besoin frénétique de consommer;
  • Cette relation est inversement proportionnelle : plus l’une est grande, plus l’autre est petite et inversement;
  • On dit donc que la richesse de la vie intérieure permet de diminuer notre besoin de consommer. Inversement, on dit aussi qu’une vie intérieure pauvre augmente notre besoin de consommer.

Pour appuyer ce principe, comment pourrais-je m'y prendre ?

Je devrai trouver des raisons (arguments secondaires) qui me permettent de prouver qu’il est vrai de dire que plus une personne possède des valeurs culturelles, morales et spirituelles fortes, moins elle éprouve le besoin d’acheter pour acheter et moins elle éprouve l'insatisfaction de la privation liée aux désirs inassouvis que fait naître,entre autres, la publicité.

À partir de quelle question je peux commencer mon travail de recherche d'arguments ?

1. De quelle manière une vie intérieure riche permet de mieux résister au besoin de consommer ?
2. Qu’est-ce qui fait qu’une vie intérieure pauvre ne permet pas de résister au besoin de consommer ?

Alors, il faudra nécessairement aborder la question de savoir ce qu’est une vie intérieure. Il faudra donc conceptualiser cette notion.  Je devrai alors me demander quelles sont les caractéristiques d’une vie intérieure riche ou qu’est-ce qui manque à une vie intérieure pauvre ?


Faire des objections et y répondre

Dans l'exemple ci-dessus, l'auteur ne fait pas subir à son point de vue, l'épreuve de la critique, c'est-à-dire qu'il ne fait pas d'objection à son propos.  Or, critiquer une idée, même la nôtre,  est une démarche tout à fait saine en philosophie.  Non seulement, les philosophes passent beaucoup de temps à se critiquer l'un l'autre, mais ils estiment en outre que la meilleure façon de se prémunir contre les attaques, c'est encore d'affronter l'adversaire sur son propre terrain.  Autrement dit, faire intervenir le point de vue de personnes qui ne partagent pas notre point de vue est encore le meilleur moyen de prévenir ou d'anticiper certaines critiques et d'en émettre à l'égard de leur position. 


Deux choses sont à préciser ici : d'abord il ne faut pas confondre critique des idées et critique de la personne.  Lorsqu'on critique le point de vue de quelqu'un, il peut arriver que cette personne se sente menacée ou agressée.  Par contre, ce n'est pas parce qu'on ne partage pas ses idées sur un point en particulier que nous n'aimons pas cette personne ou que nous ne la respectons pas.  Il ne faut pas oublier que le respect de l'autre ne passe pas nécessairement par la soumission aveugle à ses idées ou au renoncement à nos valeurs et convictions profondes.  Deuxième chose, il n'est pas toujours facile de se faire à soi-même des objections, d'une part parce qu'on a l'impression de se contredire, la contradiction étant, on l'a déjà dit, inadmissible pour un esprit rationnel, et, d'autre part, parce certaines critiques sont si puissantes qu'il semble impossible de leur répondre. 


Malgré tout, il est très utile de pouvoir cerner les faiblesses de sa propre argumentation et anticiper les critiques que d'autres pourraient nous adresser.  On sera d'autant mieux armé pour pouvoir y répondre si on est conscient que d'autres positions sont aussi possibles et rationnellement justifiables.  On ne saurait se contenter de dire que si certains ont raison, les autres ont nécessairement tort : car bien souvent, dans chacun des extrêmes, il y a une part de vérité et donc aussi, peut-être, de fausseté.  Par ailleurs, les critiques les plus difficiles à répondre sont souvent celles qui permettent le mieux à chacun de nuancer ou de préciser sa propre position.  Elles peuvent aussi permettre de dépasser l'opposition et de proposer une troisième voie qui intégrerait le meilleur parti des deux thèses.  De manière générale, donc, la confrontation des idées est un moyen permettant d'établir les nuances nécessaires et les précisions qu'il faut pour que son point de vue soit le plus juste possible.


L’objection est un raisonnement qui tend à invalider la thèse défendue soit en défendant une thèse différente ou contraire, soit en attaquant un ou plusieurs arguments qui ont été présentés à l’appui de la thèse que l'on défend.

 

On pourra faire la critique de la pertinence, de la cohérence, de la suffisance des arguments, et particulièrement remettre en question les faits, les valeurs et les connaissances de l’argumentation, ainsi que discuter les définitions de concepts. On pourra également critiquer les conséquences ou les présupposés de la thèse.

Lorsqu'on s'objecte à sa propre thèse

Lorsqu’ on s’attaque à sa propre thèse, on invoque, par exemple, un argument soutenant la thèse contraire appelée l’antithèse. Cet argument devrait être clarifié ou illustré par un exemple. L’objection sera réfutée quand on aura montré que l’argument invoqué n’est pas suffisant pour soutenir cette antithèse. On pourra aussi réfuter cet argument en montrant qu’il n’est pas aussi acceptable qu’il en a l’air à première vue, soit en vertu des présupposés contestables sur lesquels il s’appuie, soit en vertu des conséquences peu souhaitables qu’il entraîne ou soit en diminuant la portée de sa valeur.


Exemple:

Certains pourraient penser que les animaux peuvent être libres au sens où les bêtes sont leur propre maître et qu’elles n’obéissent en fait qu’à elles-mêmes.  Le lion est le maître incontesté de la jungle et il fait ce qu'il veut.  (objection)

(Réponse à l'objection)  Pourtant, ces personnes semblent négliger de considérer l’aspect évolutif et progressif du processus de libération.  Nous avions souligné dès le départ que la liberté ne devait pas être conçue comme un état, mais comme une démarche de libération par l’apprentissage, notamment : on apprend à être libre, on ne naît pas libre, on le devient, pour paraphraser Simone De Beauvoir,  en développant notre conscience et notre connaissance de soi et du monde. Ces personnes semblent donc négliger le fait que le propre maître de l’animal, c’est non pas lui-même, mais la nature : le lion n’est pas libre d’être carnivore, pas plus que le lièvre ne l’est d’être la proie du renard.


Lorsqu'on s'objecte à l'un de ses arguments

Lorsqu’on s’attaque à l’un de ses propres arguments, c’est dans le but d’attirer l’attention sur sa solidité. En effet, si je conteste l’un de mes arguments (en invoquant un contre-argument) et que je montre qu’il est extrêmement difficile de le réfuter, je me trouve à faire ressortir sa force et son efficacité. Par ailleurs, je peux aussi profiter de l’occasion que m’offre la réfutation d’un contre-argument pour donner à mon argument encore plus de force.


Exemple:

Malgré tout, certains pensent que l’être humain est aussi un produit de la nature étant donné qu’il est impossible d’échapper à la nature s’exprimant en nous. Ces derniers prétendent en quelque sorte que la nature exerce des pressions irrésistibles et nous pousse à adopter certains comportements plutôt que d’autres. Par exemple, en matière de religion, il semblerait que ce soit notre nature qui nous pousserait à adopter une religion. (objection)


(Réponse à l'objection) Même si nous reconnaissions le phénomène religieux comme relevant de la structure de notre cerveau, nous pensons aussi que le fait d’adopter telle ou telle religion est, d’abord et avant tout, le résultat de pressions sociales très fortes. Autrement dit, ce ne serait sans doute pas la foi catholique, le monothéisme, le polythéisme, l'agnosticisme ou le déisme qui serait inscrite dans la nature de notre cerveau. Nous croyons que s’il advenait que ce soit notre propre structure cérébrale qui nous prédisposait au sentiment religieux, cette structure ne nous prédisposerait certainement pas à adhérer à telle religion ou telle conception de la divinité particulière.


Sans nécessairement recourir à cet exercice d'objection-réfutation comment savoir si les arguments que j'ai trouvés sont de bons arguments ? Pour évaluer la qualité de l'argumentation, se reporter à la section suivante.


Questions à se poser pour réaliser une bonne argumentation

  • Pour aider à trouver des arguments:
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      Quelle est la thèse que je souhaite défendre ou quelle est la thèse défendue à partir de laquelle je dois donner mon accord ou émettre des réserves ?
    • Quel est le thème dont il est question ?
    • Qu'est-ce que je connais sur le thème ?  Quelles connaissances ai-je déjà sur le sujet ? Quelles expériences ai-je eu par rapport à ce thème ?
    • Qu'est-ce qui de mes connaissances ou de mes expériences en lien avec ce thème pourrait être utilisé comme arguments ? Pourquoi ?


  • Pour aider à évaluer l'argumentation:
    • Est-ce que le lien entre l'argument et la thèse est évident ? Qu'est-ce qui le rendrait plus clair ?
    • Est-ce que les preuves utilisées pourraient facilement être contredites par d'autres exemples ?
    • Cet argument pourrait-il être facilement contesté, remis en question ?  Qu'est-ce que je pourrais répondre à ces critiques ?
    • Est-ce que ma position est claire et est-ce que je la maintiens du début à la fin ?
    • Est-ce que ma position est réellement celle que je pense défendre ?
    • Est-ce que mes arguments mènent directement à la thèse ou est-ce qu'ils doivent venir avec d'autres arguments ou des explications ?
    • Est-ce qu'il y a des choses implicites dans mon argumentation qui devrait être éclairées ?


Évaluation de l'argumentation

Dans le schéma ci-dessous, vous trouverez la démarche à suivre pour faire l'évaluation d'une argumentation.  Une explication de la démarche suit le schéma.


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Pour guider un peu la démarche

1.  Que veut-on évaluer ? 

  • L'argument lui-même, son contenu, sa source ?  On réfère donc à la crédibilité ou l'acceptabilité. 
  • La qualité du lien unissant l'argument au reste de l'argumentation, à l'idée énoncée précédemment ?  On réfère ici à la pertinence ou à la suffisance des arguments.

2.  Comment évaluer l'acceptabilité?

  • Je dois d'abord me demander à quel type de jugment j'ai affaire : de fait, d'interprétation, de valeur ou de prescription.  Selon le cas, je dois poser les questions me permettant d'évaluer correctement les jugements. 
    • S'il s'agit d'une jugement de fait:
      • Si je veux évaluer son contenu, ce qui est dit dans l'énoncé:
        • Je pourrais me demander:
          • Le fait dont il est question est-il en accord avec les connaissances que l'on a sur le sujet ? 
          • Est-il contestable ? 
          • Contesté ?
          • Ce fait est-il largement admis ? 
          • Peut-on vérifier si ce qui est exprimé correspond réellement à la réalité ? 
          • A-t-on déjà démontré ce fait ?
      • Dans le cas où je veux évaluer la source qui énonce ce fait : 
        • Je pourrais me demander:
          • S'agit-il d'un expert ?  Si oui, est-il reconnu comme expert par d'autres experts dans ce domaine ? 
          • Fait-on intervenir cet expert dans son domaine d'expertise ?  Si non, je fais un appel à l'autorité invalide. 
          • Je dois aussi me demander si l'expert en question est à l'abri de tout conflit d'intérêt en regard de ce fait.  S'il y a apparence de conflit d'intérêt, nous aurions de bonnes raisons de douter de l'objectivité de son énoncé. 
      • S'il s'agit d'un jugement d'interprétation:
        • Je pourrais me demander:
          • Quel sens je donne aux concepts clés que contiennent le jugement?
          • Sur quels faits repose le jugement ? 
          • Qu'est-ce qui justifie l'interprétation ? 
          • Quels sont les faits qui permettraient de dire que l'on a raison ?
          • Quels sont le ou les critères qui ont permis de juger ?
          • Qu'est-ce que l'on aurait à répondre à quelqu'un qui contesterait cette interprétation ?
      • S'il s'agit d'un jugement de valeur
        • Je pourrais me demander:
          • Quel(s) avantage(s) aurait-on à donner notre adhésion à ce jugement plutôt qu'à un autre ? 
          • Quel(s) inconvénient(s) évite-t-on lorsqu'on adhère à ce jugement ?
          • Quel est l'intérêt de cette valeur ?
          • En quoi cette valeur est-elle universelle ? ou plus généralement partagée ?
          • Peut-on invoquer une ou des situations qui illustreraient les avantages ou les bénéfices liés à l'adoption d'un tel jugement ?  Si oui, on pourrait illustrer en guise d'appui.
      • S'il s'agit d'un jugement de prescription:
        • Je pourrais me demander:
        • Ces valeurs sont-elles dignes d'être priorisées ?
        • Avec qu'elle autre valeur pourrait-on la comparer pour attester de la légitimité de cette priorité ?
        • Que gagne-t-on à aller dans le sens de ce qui est recommandé ?
        • Que perd-on à ne pas aller dans le sens de ce qui est recommandé ?
        • Ce que je gagne est-il plus important que ce que je perds ?  Pour répondre à cette question, toutefois, il faudra que je précise mes critères de sélection ou de comparaison.
        • Sur quelle(s) valeurs s'appuie ce jugement ?

3. Comment évaluer la pertinence ?

  • Je pourrais me demander:
    • L'argument que l'on invoque parle-t-il du même thème ?  Porte-t-il sur le même sujet ? 
    • Le rapport entre l'idée que l'on veut appuyer et celle que l'on utilise pour le faire est-il direct et évident ? Indirect ou implicite ? S’il a un rapport indirect ou implicite, il faudra clarifier ce rapport afin de le rendre plus explicite. Si l’explication s’égare ou qu’elle s’éternise, c’est qu’au départ, il n’était pas pertinent d’invoquer cet argument.

4.  Comment évaluer la suffisance de la preuve ? (Ce critère s’attarde aux liens qui unissent les arguments entre eux, mais aussi ceux unissant les différentes parties du texte)

  • Je pourrais me demander:
    • Si mes arguments sont cohérents entre eux.  Est-ce que l'un d'entre eux contredit ce qu'un autre avance ?  Si oui, mon argumentation n'est pas cohérente et ma preuve ne sera pas suffisante :  comment, en effet, pourrait-on adhérer à une position dont les arguments pour la soutenir ne vont pas dans le même sens ou pire, vont dans le sens contraire les uns des autres ? 
    • Si partant de mes arguments je peux conclure autre chose que ce que je conclus.  Si oui, ma preuve n'est pas suffisante.  En effet, si à partir des mêmes arguments je pourrais soutenir une chose et son contraire, par exemple, la preuve n'est certainement suffisante.  

Les erreurs possibles

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Les erreurs à éviter dans une argumentation

Afin de réaliser une bonne argumentation, il est nécessaire d'éviter de faire certaines erreurs de raisonnement. Vous trouverez, en suivant ce lien, différentes erreurs de raisonnement que nous appelons sophismes. Une bonne compréhension de ceux-ci vous permettra de produire une argumentation plus solide.

Les erreurs à repérer dans une argumentation

Pour connaître certaines erreurs que l'on peut retrouver dans une argumentation, consultez la page suivante. Il peut être utile de les connaître afin de ne pas les faire nous-mêmes. Même s'il s'agit de procédés utilisés généralement dans le but de tromper ou de maquiller quelque peu la réalité, nous ne sommes pas à l'abri d'utiliser nous-mêmes ce genre de façon de faire, ne serait-ce que par réflexe culturel ou social.

Idées d'activités

Que manque-t-il à ces argumentations pour qu'elles soient rigoureuses ?  On pourrait ici exposer des raisonnements qui pèchent par insuffisance, impertinence ou inacceptabilité pour que les élèves puissent :

  • Détecter la source d'erreur ;
  • Proposer des solutions ou éventuellement remédier explicitement à ces lacunes.


Liens vers les autres sections

Conceptualisation

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